Post by Patrick Levy-Waitz
Président du Groupe Freeland . VIce Président du Conseil Économique Social et Environnemental (Cese). Président de la Fondation Travailler Autrement.
Marc Bloch au Pantheon : Saluer l’esprit de résistance…. Et .. l’occasion pour moi de rendre hommage à Robert Waitz- mon grand-père qui croisa la route de cet infatigable républicain lui aussi amoureux de la France : Hier, Marc Bloch est entré au Panthéon. Robert Waitz, lui, a une place à Strasbourg, devant l'ensemble hématologique qu'il avait bâti. Deux mémoires de rang différent pour deux hommes qui ont marché, à quelques mois d'intervalle, sur presque exactement la même route sans, sans doute, s'être jamais rencontrés. Tout les rapproche au départ. L'un et l'autre sont juifs, d'enracinement alsacien. L'un et l'autre appartiennent à l'Université de Strasbourg : Bloch, médiéviste arrivé en 1920, y fonde en 1929 les *Annales* avec Lucien Febvre ; Waitz, agrégé de médecine en 1935, publie en 1938 avec Merklen un *Atlas d'hématologie* qui formera des générations. Quand la faculté se replie à Clermont-Ferrand, ils s'y replient ensemble sans se croiser. Et c'est là, à quelques semaines de distance, que Vichy les frappe du même geste : révoqués l'un et l'autre fin 1940, non pour ce qu'ils ont fait mais pour ce qu'ils sont. Le savant et le médecin sont rendus, par décret, à leur seule judéité. Aucun des deux n'accepte d'en rester là. Tous deux entrent dans le même mouvement Franc-Tireur, fondé à Lyon par Jean-Pierre Lévy, et, tous deux montent jusqu'aux Mouvements unis de la Résistance. Bloch devient « Narbonne » et siège au directoire régional de Rhône-Alpes ; Waitz devient « Prudent », chef régional de Franc-Tireur d'Auvergne puis chef adjoint des MUR de la région. Le professeur de cinquante-trois ans qui se dit « le plus vieux capitaine de l'armée française » et le médecin de quarante-trois ans font le même calcul : leurs compétences valent une arme, la clandestinité vaut un poste. La Gestapo finit par les prendre tous les deux ; Waitz dans une souricière en juillet 1943, Bloch sur dénonciation en mars 1944. C'est ici que la route se fend. Bloch est torturé à Montluc, puis fusillé le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans, avec une trentaine de camarades, dix jours après le Débarquement au moment précis où l'Histoire lui donnait raison. Waitz, lui, est déporté à Auschwitz III-Monowitz, matricule 157261. Il y survit, et il y fait davantage que survivre : au Krankenbau, il monte un réseau de résistance, installe un laboratoire d'analyses, parvient à pratiquer des transfusions dans l'enfer même. La marche de la mort le conduit ensuite à Buchenwald. Là où Bloch est tombé sous les balles, Waitz a tenu. Comité français pour Yad Vashem Emmanuel Macron #marcbloc