Post by Nicolas MARIOTTE

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L’étude Points noirs. Anomalies récurrentes de propreté, publiée en 2023 par le Pavillon de l’Arsenal avec la Direction de la propreté et de l’eau de la Ville de Paris, renouvelle l’analyse des dépôts sauvages. Dirigée par les architectes milena charbit, deborah feldman et Baptiste Potier, avec la participation de l’éboueur Olivier Charlec et de la photographe Rebekka Deubner, elle ne considère plus ces espaces comme de simples nuisances à éliminer, mais comme des révélateurs des dysfonctionnements urbains et du potentiel inexploité de « miettes de foncier » devenues rares dans une capitale très dense. Les auteurs ont recensé 1 412 « points noirs » répartis dans Paris. Chaque site est étudié individuellement afin de comprendre pourquoi il attire durablement les dépôts sauvages et d’imaginer une transformation adaptée aux contraintes techniques, réglementaires, esthétiques ou foncières. L’objectif est de montrer que quelques interventions ciblées peuvent modifier durablement les usages plutôt que de simplement déplacer le problème. L’étude met en évidence plusieurs catégories d’espaces particulièrement propices aux incivilités : les « creux » créés par les retraits entre deux immeubles, les angles de rue, les impasses, les murs aveugles ou encore les espaces situés autour d’arbres, de candélabres ou de grilles. Ces lieux partagent un même point commun : leur statut est ambigu. Comme le résume un responsable des services de propreté, « dès qu’il y a un espace public, mais que l’on ne comprend pas que c’est public ou bien délaissé, les encombrants y sont abandonnés ». Les agents observent également un puissant effet d’entraînement : un premier dépôt suffit souvent à en attirer de nombreux autres. Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. En 2019, Paris a collecté 106 124 tonnes d’encombrants, dont 34 596 tonnes, soit près d’un tiers, provenaient de dépôts sauvages, malgré l’existence depuis plus de vingt ans d’un service gratuit d’enlèvement sur rendez-vous. Les auteurs relient cette progression à la diffusion de mobilier à bas coût, au raccourcissement de la durée de vie des appareils électroménagers et à l’évolution des modes de consommation. Les réponses traditionnelles consistant à installer des bacs à fleurs, des rochers ou des barrières métalliques sont largement inopérantes. Ces aménagements déplacent souvent le problème sans le résoudre, car ils ne prennent pas en compte la superposition des contraintes liées à l’urbanisme, à la voirie, aux réseaux souterrains ou aux copropriétés. Plusieurs solutions sont proposées : ouvrir des espaces aujourd’hui dissimulés pour les rendre visibles, revoir certains projets immobiliers générant des recoins propices aux dépôts ou transformer ces espaces en nouveaux usages urbains.

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