Post by Mary Laure GASTAUD MEGRAOUA

Regard croisé sur l’économie, le droit et les réalités sociales | Nouvelle-Calédonie

Le mot qui revient sans cesse en Nouvelle-Calédonie, c’est « l’assistanat ». Comme si protéger quelqu’un d’un effondrement économique était devenu une faute. Ce dont parle en réalité ce sont des amortisseurs sociaux Un amortisseur social n’est pas fait pour remplacer le travail. Il est là pour empêcher qu’une crise ne détruise une famille. D’ailleurs, nous appliquons déjà ce principe… aux entreprises. Lorsqu’une société traverse une période difficile, notre droit prévoit des procédures de sauvegarde, des délais pour payer les dettes, la suspension de certaines poursuites et des mécanismes de protection. Personne ne parle alors d’« assistanat des entreprises ». Nous considérons simplement qu’il vaut mieux leur donner une chance de se relever que les laisser disparaître. Pourquoi ce raisonnement ne vaudrait-il pas pour les personnes ? Pourquoi une personne morale bénéficierait-elle de davantage de protections qu’une famille ? Mais parler d’assistanat en Nouvelle-Calédonie est déjà discutable. Nous n’avons pas de RSA. L’indemnisation du chômage est limitée. Nos minima sociaux sont bien plus réduits qu’en métropole. Le véritable amortisseur social, ici, ce sont les familles qui hébergent un proche, les grands-parents qui partagent leur minimum vieillesse, les solidarités coutumières, les associations, et parfois les squats où certains trouvent un toit faute d’avoir une autre solution. Ce n’est pas ni l’État ni la Calédonie qui absorbent l’essentiel du choc. Depuis les événements de 2024, un autre discours s’est installé. Il n’est pas toujours formulé ainsi, mais il revient souvent : « Nous avons déjà assez aidé. Regardez le résultat. » Comme si les droits sociaux étaient une récompense accordée aux personnes dont on approuve le comportement. C’est une confusion profonde. Les droits sociaux ne sont pas une médaille du mérite. Ils existent pour éviter qu’une crise économique ne se transforme en catastrophe humaine. Aujourd’hui, des familles n’ont plus de revenus. Et nous demandons à des associations et à des travailleurs sociaux, déjà débordés, de décider au cas par cas qui pourra manger, qui pourra attendre, qui devra se débrouiller seul. Cette logique est intenable. Le « cas par cas » est parfois nécessaire, mais il ne peut pas remplacer une politique publique. Et à force, il devient forcément arbitraire. Je crois qu’il faut instaurer, pour une période exceptionnelle de cinq ans, un revenu minimum de crise pour toutes les personnes privées de ressources, qu’elles soient anciennes salariées, anciennes patentées ou travailleuses indépendantes. Le temps que notre économie redémarre. Une société se juge à la manière dont elle protège les plus fragiles lorsqu’ils traversent la tempête. Les amortisseurs sociaux ne sont pas de l’assistanat. Ils empêchent que des milliers de personnes sombrent dans une pauvreté dont il faudra des décennies pour les relever.