Post by Edgar Co-op

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La traduction peut être comprise comme une forme de « bricolage intellectuel », dans le sens donné à l’expression par Claude Lévi-Strauss. Comme le bricoleur, le traducteur travaille en effet avec un ensemble limité de ressources déjà disponibles : les mots d’une langue, ses tournures, ses registres, ses images, ses références culturelles et ses habitudes d’expression. À partir de cet inventaire fini, il doit pourtant produire un texte nouveau, capable de faire entendre, dans une autre langue, une pensée venue d’ailleurs. Comme le bricoleur, il compose avec ce qu’il a sous la main, rapproche des éléments hétérogènes, détourne certains usages, compense des écarts et cherche des équivalences qui ne sont jamais absolues. Traduire ne consiste pas à reproduire mécaniquement un original, mais à le reconstruire par ajustements successifs. C’est un travail d’invention sous contrainte : la fidélité ne réside pas dans l’identité parfaite – impossible –, mais dans la capacité à recréer un effet de sens à partir de matériaux préexistants. Ainsi, la traduction relève pleinement de l’art de créer du neuf avec du vieux.

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