Post by Edgar Co-op

4,308 followers

Dans Le monde ignoré des Indiens Pirahãs, Daniel L. Everett se penche sur le pirahã, une langue dépourvue de récursivité – la capacité à imbriquer des phrases les unes dans les autres –, caractéristique pourtant propre au langage humain selon l’école chomskyenne. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui a fondé la première vague de traduction automatique, basée sur des règles, à partir des années 1950. Pour Everett, la culture façonne la langue et la grammaire. Et lorsqu’il faut opérer une véritable réorganisation de la pensée pour traduire vers une langue fondamentalement différente, et donc remanier profondément la structure des phrases, même la traduction neuronale peine à suivre, tendant à conserver le squelette syntaxique de la source, lissant le résultat sans saisir la rupture conceptuelle entre les langues. Il faut alors une traduction humaine pour chambouler l’ordre des mots et des idées afin de respecter la logique interne d’une langue; si l’on voulait vraiment traduire vers ou depuis le pirahã, il ne s’agirait en effet plus de trouver le mot probable, mais de reconstruire entièrement le cheminement de la pensée. C’est là que le bât blesse : nos outils actuels sont des champions de la fluidité superficielle, mais restent souvent prisonniers de la structure qu’ils tentent de traduire.

Post content