Post by Yves Cretegny
Strategic Leader in Real Estate and Territorial Development | Creator of Sustainable Value
Une carte européenne. Un zoom sur la Suisse. Et au fond, toujours la même question : pourquoi produit-on si peu là où la demande est la plus forte ? La Suisse ne devient pas locataire. Elle l’a toujours été. 19 pays européens sur 29 comptent aujourd’hui moins de propriétaires qu’il y a dix ans. Malte perd 10 points. La France 3,5. L’Allemagne stagne à 47%. Ces chiffres Eurostat racontent une convergence vers le bas. Mais la Suisse ne converge vers rien, elle est déjà en queue de peloton depuis des décennies. ▸ 36% de ménages propriétaires — taux le plus bas d’Europe, stable depuis 2015 ▸ Genève : 22% · Vaud : ~30% · Valais : ~57% L’Arc lémanique ne ressemble pas à la Suisse. Il ressemble à une métropole où la propriété est structurellement réservée à une minorité. Un plafond de verre, pas un choix culturel. Au début des années 2000, un appartement standard coûtait quatre années de revenu brut. Aujourd’hui : six. +50% en une génération, accentués depuis 2019. 79% des ménages suisses à deux revenus ne peuvent plus accéder à une maison individuelle. 58% sont exclus des PPE (Wüest Partner, 2025). Ce n’est pas la demande qui manque. C’est l’offre — et derrière l’offre, le foncier, les délais, les recours. Le vrai impensé du débat : le dilemme des planificateurs. Dans les zones tendues, les autorités planifient pour 100% de la population: propriétaires potentiels, locataires du marché libre, coopératives, logements subventionnés, avec un stock qui ne grandit assez vite pour personne. On ne redistribue pas ce qui n’existe pas en quantité suffisante. Tant que la production reste en deçà des besoins réels, chaque arbitrage entre mixité, accessibilité et propriété revient à choisir qui sera exclu pas comment tout le monde sera logé. ▸ Arc lémanique, 2013–2024 : foncier +90%, production de logements –23% (lien en commentaire). La seule sortie par le haut : une production nettement plus ambitieuse. Pas pour favoriser un mode d’occupation sur l’autre. Mais pour que le choix entre propriété et location redevienne un vrai choix et non une contrainte subie. Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix collectif assumé ou non. Sources : Eurostat Housing in Europe 2025 · OFS 2022–2024 · Wüest Partner 2025