Post by Arnaud Pons

Founder & CEO of Maison Gemperles | Fine Pearl Jewelry

Au large de Panama, un homme réduit en esclavage a payé sa liberté avec une seule perle. Golfe de Panamá, seconde moitié du XVIe siècle. Un jeune plongeur africain remonte des eaux de l'archipel des Perles une perle piriforme d'une taille jamais vue : près de 56 carats, un orient parfait. Pour l'avoir trouvée et remise, on lui accorde ce qu'aucune fortune ne lui aurait offert : sa liberté. La perle, elle, entre en servitude pour quatre siècles. On la baptise La Peregrina, « la voyageuse ». En 1554, Philippe II d'Espagne l'offre à Marie Tudor, reine d'Angleterre, en gage de leur mariage. Vélasquez la peindra au cou des reines d'Espagne. Elle traversera Bonaparte, les ducs d'Abercorn, deux siècles de cours et de vitrines. Puis 1969. Richard Burton l'emporte chez Sotheby's pour 37 000 dollars et l'offre à Elizabeth Taylor. Quelques jours plus tard, l'actrice la cherche, affolée, dans sa suite de Las Vegas. Elle la retrouve dans la gueule de son jeune chien, en train de la mâchonner. Intacte. En 2011, à la mort de Taylor, La Peregrina est adjugée chez Christie's pour 11,8 millions de dollars. Record mondial pour une perle. Cinq siècles. La rançon d'un homme, la dot d'une reine, le caprice d'une star, puis un chiffre record. La même perle. Ce que l'on retient n'est pas le prix. C'est que cette perle n'a jamais rien produit : ni rendement, ni utilité, ni progrès. Elle n'a fait que traverser les mains de ceux qui la désiraient. Et c'est précisément pour cela qu'elle a duré. À l'ère où l'on ne valorise que ce qui sert, que reste-t-il d'un objet dont la seule fonction est d'être convoité ?

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